Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

6421309776866CHERNOBYL 4 EVER avait mis délibérément la question de la santé de côté car je me centrais essentiellement sur le réacteur endommagé. Cela dit, j’ai rencontré de nombreux docteurs, visité des hôpitaux et lu de nombreux rapports sur les conséquences dans le temps de la catastrophe sur les êtres humains. Cette expérience me permet d’élaborer des prospectives sur ce qui va se passer au Japon.

Deux semaines après l’accident de 86, les Soviétiques avaient réussi le tour de force de déménager près de 250.000 personnes rien que sur le territoire ukrainien. Toute personne vivant dans un territoire contaminé de plus 2 microsiverts avait été déménagée. Aujourd’hui, dans la ville de Fukushima, on mesure entre 5 et 13 microsiverts/H (le bruit de fond en Belgique est de 0,020 microsiverts soit 300 fois moins). À Sango, dans la banlieue nord de Tokyo, on a mesuré plus de 900.000 becquerels alors qu’un sol normal en affiche n’en affiche pas plus de 10.000 becquerels, soit 90 fois plus que la normale…

Au Japon, plus de 5 mois après le cataclysme, peu de gens ont été pris en ch arge par le gouvernement. Si une famille veut déménager, elle le fait «  à ses risques et périls » selon l’expression utilisée par les autorités qui continuent à nier l’état réel de la situation. Pourtant beaucoup d’enfants vivent actuellement dans des régions où la radioactivité dépasse de loin le seuil que le gouvernement soviétique avait choisi pour évacuer les populations.

 

Jan Vandeputte de GreenPeace a été dépêché au Japon dès la fin mars. Il a effectué des mesures à Fukushima city et dans les petites villes avoisinantes. À son retour, il m’a confié son désarroi. « C’est terrible, me dit-il, tu es là en combinaison, un masque sur le visage et tu mesures des taux de radioactivité insensés. Mais à côté de toi, des enfants jouent sur la pleine de jeu, à terre et se roule dans la poussière. Et toi tu sais qu’ils se contaminent. Tu sais que ces enfants sont perdus ! »

La radioactivité touche les enfants plus que les adultes pour plusieurs raisons. Premièrement, la radioactivité diminue avec le carré de la distance. Le centre de gravité d’un adulte se trouve à plus d’un mètre. Celui d’un enfant de 8 ans, à 50 cm. Il est donc plus proche du sol qui irradie. Il prend, non pas 2 fois plus de radioactivité, mais 2 au carré, soit 4 fois plus ! D’autre part, l’enfant tombe, l’enfant met ses mains en bouche, expérimente son entourage plus directement avec le corps que l’adulte. Il se contamine donc beaucoup plus !

D’autre part, le corps de l’enfant est en développement. Les radiations entraînent donc des modifications qui se multiplient plus rapidement que chez l’adulte. Une même dose externe ou absorbée par le corps (contamination) aura donc des conséquences autrement plus graves.

 

Au lieu de songer à évacuer les enfants, le gouvernement investit 1,2 milliard de dollars dans une étude épidémiologique qui courra sur 30 ans, comme le décrit cet article du 8 mai 2011 dans Sciences et Avenir.

Les chercheurs vont lancer une étude épidémiologique parmi les plus ambitieuses jamais menées sur les effets des radiations à faibles doses […] (2) La population ciblée comprend tous les résidents de la  préfecture de Fukushima, soit plus de 2 millions de personnes». Et cette étude va durer (au moins) « trente ans  » (2). De surcroît « tous les 380 000 jeunes de moins de 18 ans recevront un examen de la thyroïde ». On sait en effet que l’iode radioactif émis par la centrale puis inhalé a pu aller se fixer sur cette glande, et entraîner une irradiation pouvant provoquer, à terme, le développement d’un cancer. Notre confrère précise par ailleurs que le plan a été dévoilé, « par la préfecture de Fukushima le 24 juillet » lors d’une réunion spéciale. Sachant que le 25 juillet, au niveau national, a été annoncé l’attribution d’un budget d’1,2 milliard de dollars pour la santé publique et des études à long terme.

Faute de pouvoir agir, on mesure, on étudie…les enfants de Fukushima sont des cobayes !

 

Le gouvernement japonais fait l’impasse sur le futur. Or, déjà aujourd’hui la société japonaise a du mal à assumer ses malades et ses handicapés. Ceux qui ne produisent pas ne sont pas bien vus dans ce système où règne le rendement. Que fera donc le Japon de tous les malades et de tous les enfants handicapés qui sont à venir ? La question est d’autant plus grave que déjà aujourd’hui, le taux de natalité de 1,1 est l’un des plus bas au monde. La pyramide des âges montre une fragilité extrême. Le nombre de vieux au-delà de 70 ans est de loin supérieur à celui des jeunes en dessous de 20 ans. Avant Fukushima, le Japon n’avait déjà pas d’avenir. Que dire dès lors si le pays ne s’intéresse pas aujourd’hui de près au sort de ses petiots. Si le problème est crucial dans le nord du pays et dans la région de Fukushima en particulier, elle n’en est pas pour autant normale ailleurs. La nourriture et l’eau sont de plus en plus contaminées. Partout au Japon, les enfants se mettent à absorber des matières radioactives qui au fil des ans vont s’accumuler dans leur corps. Le CS 137 fragilisera leur cœur, le SR 90 s’accumule dans les os, l’Iode 131 dégagée les premiers jours induira très vite des cancers de la tyroïde, le diabète va commencer à se répandre dans le pays, les maladies sanguines, les mutations de fœtus etc.…

Le tableau est noir, très noir !

 

Or les Japonais sont assez bien au courant des conséquences de Tchernobyl. Le Japon était l’un des pays donateurs les plus importants et de nombreux scientifiques, fort de l’expérience de Hiroshima et Nagasaki s’étaient rendus en Ukraine pour y mener leur expérience et pour aider la population. Les médias ont largement relayé ces actions. Les gens savent ! Et cela alourdit encore un peu plus leur quotidien. Comment vivre avec cette épée de Damoclès ? Dans une certaine mesure, la situation en Ukraine était plus facile à vivre, du moins jusqu’en 91, avant que cette république soviétique ne prenne son indépendance et entre dans une grande période de disette et de chaos. Mais le Japon d’aujourd’hui est-il mieux à même de faire face aux conséquences de l’atome et à toutes ces incertitudes ? Pas sûr ! Car le monde d’aujourd’hui se désagrège. Le système économique vacille. Le Japon ébranlé par le 11 MARS pourrait comme le reste du monde à devoir faire face à un écroulement du système. Dans ce contexte, Fukushima pourrait très bien être la goutte qui fait déborder le vase…

 

Et dans toute cette tourmente, les enfants sont là, abandonnés aux probabilités, au danger de l’invisible. Comment leur expliquer que les adultes ont joué avec des atomes et que ce jeu-là, s’il est normalement assez amusant et profitable, peut aussi s’avérer irréversible. Comment leur dire que leur jardin est empoisonné pour des milliers d’années ? Comment apaiser la peur informelle et contagieuse qui grandit en eux au fur et à mesure que des bribes d’informations leur parviennent. Cette angoisse indéfinie doit peser d’autant plus lourd que les adultes eux-mêmes ne savent pas vraiment où se trouve l’ennemi et comment le combattre. Le méchant loup est invisible et on ne sent même pas sa morsure…

  paypal

 


Partager cette page

Repost 0