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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 13:42

10 NOVEMBRE

Ciel d’un bleu arrogant. Arrogant comme la beauté de la nature en cet automne japonais qui hésite à froidir, qui semble vouloir éviter l’hiver ou comme ces réacteurs qui ne veulent toujours pas voir leur température descendre…

 

Nous passons la journée chez Kamijo. Je filme des albums avec les photos des enfants dont il s’occupait.

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Emouvant, surtout quand il parle de SES enfants. Il se cassait vraiment le cul pour leur apporter un peu de joie et nature. Et tout ça s’est écrouler, malgré les apparences.

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Mais Kamijo n’a pas perdu que SES kids, il a perdu son « business » (ce qui n’empêche pas le gouvernement de lui demander de payer ses taxes), il a perdu les bâtiments qu’il venait de construire et en parcourant la forêt qui entoure son domaine, je réalise qu’il a aussi perdu ses arbres, les plantes médicinales qu’il cultivait, il a perdu ses ancêtres. Kamijo me parle de ses arbres : « Ils sont notre passé. Ils ont été plantés il y a plusieurs générations. Parfois, on en coupait pour en faire des maisons, pour brûler du bois. Et tout cela retournait à la terre. Tout ça servait l’homme et l’homme s’occupait de la forêt. Chaque fois que j’ai coupé un arbre, j’ai versé le saké et j’ai déposé du sel. Je touchais l’arbre et je lui parlais. Aujourd’hui, le gouvernement envisage de raser les montagnes, de couper tous ces arbres qui retiennent la radiation. Mais pour eux, un arbre, c’est juste du bois. Et ces arbres, on va les couper pourquoi ? Ils ne serviront à rien. On va les mettre où ? Où on va mettre la terre que l’on va enlever avant de replanter. Les arbres, c’est nos racines, notre passé. En rasant tout cela, on se coupe de nos ancêtres. Comment dès lors envisager le futur ? »

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En l’écoutant, je retrouve l’esprit des Anishnabés, des indiens du nord du Québec que j’avais filmés il y a quelques années. Et en regardant Kamijo, je retrouve des traits communs. Le shintoïsme, religion animiste n’est en fait pas si éloignée de celle de leur cousins d’Amérique.

La lumière dans les arbres. Les sculptures de Hibou en bois. Le soleil qui vibre dans les feuilles jaune…suis heureux. Pourtant, Fumiyo mesure entre 1,7 et 3,8 microsiverts. Nous sommes dans la montagne et les nuages ont ici déposé plus de merde que sur la ville et mon hôtel. A la plage, la radioactivité est d’ailleurs beaucoup plus basse.

 

Mais Kamijo va encore plus m’étonner. Nous allons chez son fils qui habite en ville chez la sœur de Kamijo. Taki a 17 ans. Il nous raconte que tous les jours au Lycée, on ne parle que de la catastrophe, 8 mois après, c’est toujours là. En fait, les ados sont inquiets : va-t-on arriver à maîtriser les réacteurs ? Quid si la piscine du réacteur 4 s’écroule, il y a encore tellement de combustible ? Une épée de Damoclès pèse, invisible, sur la ville.

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Taki porte en permanence un masque blanc. Même à l’intérieur. Il est impressionnant de maturité. Tous ces événements l’ont fait grandir. Il se fait à manger tout seul chaque jour. Il se démerde déjà.

Il se pose plein de questions. Les profs répondent aux étudiants, mais leurs réponses sont évasives et pour cause, personne au monde, pas même les plus grands scientifiques réunis ne peuvent prédire ce qui va arriver car personne ne comprend réellement où on en est !

Il admire le travail que son père a accompli et il est triste pour lui. En ce qui le concerne, il trouve que ce serait mieux de vivre ailleurs, mais perdre ses amis lui est insupportable. Ah si seulement on pouvait déménager toute l’école et ses élèves en un nouveau lieu. Soudainement je pense à tous ces peuples que l’Histoire a déportés : les Indiens d'Amérique, les Juifs, les Arméniens, les Africains que la faim, autre fléau invisible poussent à quitter leur terre et leurs proches.

La peur et l’incertitude, le prix que paye Taki pour pouvoir vivre avec ses amis. Il aimerait refaire du sport. Cela fait 8 mois qu’il ne fait plus de foot…

Je lui demande ce qu’il apprend à travers toutes ces épreuves. Il me répond : « La famille est le plus important. On vivait normalement sans s’en rendre compte. Puis soudain, ma mère et ma sœur sont plus là. Ils sont à des centaines de KMS, mon père loge à son bureau et moi ici. Tout a explosé. Je réalise combien le plus important est simplement d’être ensemble !"

 

Kamijo écoute l’interview puis il demande à son fils de lui faire un massage. Taki se met derrière son père et enfonce ses pouces dans les épaules de l’homme qui se met alors à rire. Jamais filmé un rapport père-fils comme ça. Et j’en suis heureux car je me demandais dans quelle mesure, Kamijo, comme moi, délaisse ses enfants pour se battre pour ceux des autres…

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11 NOVEMBRE

Gris, pluie, MAIS de fins nuages dessinent sur Minami-Soma de belles volutes. On dirait un paysage peint par un peintre chinois du 19° siècle.

Je vais dire au revoir à Madame Wakamatsu qui m’a si bien accueilli. Son assistante est inquiète : le film ne sera-t-il pas trop sombre. Elle a visionné CHERNOBYL 4EVER et elle s’est mise à déprimer. Elle aimerait tant que les étrangers reviennent. Je la rassure. J’ai demandé à chaque personne que j’ai rencontré de me faire part de ce qu’ils avaient appris à travers cette épreuve et la plupart ont exprimé leur philosophie. La plupart ont grandi à travers cette catastrophe et l’espoir réside justement là. Que vaut-il mieux ? Dormir en restant ignorant ou grandir, quitte à devoir affronter les conséquences pénibles de l’atome ? Je lui rappelle aussi que je fais mon possible pour créer ici avec les habitants une dynamique qui consiste à concrétiser un projet très simple : organiser un match de foot pour les enfants. Le film sera lumineux si nous réalisons ce rêve.

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Rendez-vous avec Monsieur Yoshio Katayama l’ex-coatch de Kento. Nous sommes face à l’espace qui accueille d’habitude le festival Nomaoi où les cavaliers déguisés en samouraï s’affrontent en de multiple courses et jeux.

Monsieur Yoshio Katayama nous fait part de sa tristesse. Partout dans le monde on peut jouer au foot, peu importe l’altitude, la latitude, partout, sauf à Minamisoma…la ville est dans la zone entre les 20 et 30 KMS. Elle hésite entre mourir ou renaître. Le problème est qu’à long terme, les enfants risquent de quitter la ville.

Il faut absolument décontaminer ce terrain où les jeunes jouaient aussi au foot. Mais qui va payer ? Tepco ? Le gouvernement ? Et avant de s’occuper de football, il faut commencer par s’occuper des écoles et des maisons. Quand pourra-t-on rejouer au foot à Minamisoma ?...

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Nous allons avec Monsieur Yoshio chez Mr Kowata, le papa de Kento. Les deux hommes discutent justement de ce fameux match.

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Le rendez vous avec la famille de la fleuriste et de l'ex-travailleur du nucléaire est annulé. Nous venons de recevoir un coup de fil nous annonçant que quelqu'un a mis le feu à leur dépôt de fleurs. Les incendies sont réguliers depuis le 11 mars. Un piromane...la folie se serait-elle emparé d'un désemparé? Toujours est-il qu'un malheur de plus s'abbat sur cette famille que je voulais tellement rencontrer.

 

Mon voyage à Minamisoma touche à sa fin. Kamijo nous ramène à travers la montagne vers Fukushima City. Le brouillard enveloppe les montagnes. Avec le froid, les arbres ont soudain jauni. Je me demande : Minamisoma revivra-t-elle ? Il faut le rêver. Je me dis que lorsque les journalistes cherchent à dépeindre la situation là-bas, ils aiment en souligner les côtés catastrophistes. Ca se vend mieux. Il suffit de mettre son dosmiètre plus près du sol pour obtenir quelques micorsiverts en plus…Cela dit en cherchant à dépeindre tout en noir, on joue le même jeu que TEPCO qui lui, cherche à minimiser la situation et prétend que tout va bien.

Les deux faces d’une même pièce de monnaie. La réalité est tout autre. Elle n’est même pas dans un moyen terme entre ces deux extrêmes. Et je ne peux même pas la partager avec le lecteur. Je ne peux parler que de MA subjectivité. En fait, il faudrait que chacun vienne ici pour voir et se faire sa propre opinion…

Evidemment cela est impossible. Le lecteur de journaux ou l’internaute ou le spectateur de TV devrait apprendre à ne jamais croire ce qu’on lui raconte. Il devrait passer son temps à douter de tout. S'il opère ce travail chez lui, il peut comprendre la réalité du Japon. Mon maître d'aïkido appelle cela LA MEDITATION, une démarche qui va au-delà de la réflexion, au-delà de l'expression en mots de la réalité, une approche directe de sa porpre réalité!

 

Minami-Soma est vraiment dans la merde ! Mais pas tant à cause de la radiation ambiante. Pour moi, le plus gros soucis est que les réacteurs ne sont toujours pas stables et que tout peut arriver. Minami-Soma est dans le jus car les habitants n’ont pas encore engagé un débat sur leur avenir collectif. Que va devenir cette ville ? Quel projet ? Quid pour les enfant de cette ville ? Quadrature du cercle : leur offrir un avenir ou les protéger des rayons ? Comme toujours l’atome a plongé l’homme dans l’incertitude ! Là où il y avait des traditions, il coupe les racines. Avec lui on entre dans le monde des probabilités. Le continuum de la vie fait soudain face au saut quantique, au digital…

Or la vie est continue, analogique. La vie, c’est quand une balle circule entre plusieurs enfants, quand les arbres sont coupés pour faire une maison qui, avec le temps disparaîtra et enrichira la Terre pour que d’autres arbres poussent !

Mr Kowata et son ami Monsieur Yoshio rêvent de créer un peu d’espoir pour les enfants tout en se battant pour protéger leur santé. Quel dilemme ! Sur le chemin de retour, je retraverse Idate. Brume, incertitude…
Kamijo lumière ua bout du tunnel

Quand je quitterai Kamijo, il retournera à sa vie, prêt à raser les montagnes s'il le faut pour décontaminer son pays, prêt à émigrer à Okaïdo, s'il le faut, mais aussi prêt à tout pour que les enfants ne vivent pas en territoire contaminé. A quand le bout du tunnel?

 

 

12 NOVEMBRE

Ce matin, très lourde fatigue. Je me relâche car je sens que j’approche de la fin. Facile de commencer les choses, plus difficiles de les terminer…

Mais la météo est encore avec moi. Une belle brume lutte avec le soleil. Les couleurs ressortent avec violence. Bientôt elles disparaîtront du paysage. Je filme ces derniers instants accrochés aux pommiers. Quand je reviendrai en avril, ils seront en fleurs.

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Nous montons en voiture sur la montagne qui s’élève en plein au milieu e Fukushima City. Ici, la radiation est plus élevée. 1 à 1,5 micorsiverts. En écrivant cela, je me rends compte que je n’ai mis aucune photo de radiamètre sur ce blog et que j’ai très peu parlé de chiffres. Pourtant, nous avons fait plusieurs relevés. Mais je me rends compte qu’un micro siverts, cela ne veut absolument rien dire. D’une part, c’est une mesure objective qui ne tient absolument pas compte de qui la reçoit, son âge, sa forme physique, son état d’immunité, sa joie de vivre…je me demande donc pourquoi j’en déduirais des choses. Toujours est-il qu’ici la radiation est aussi sensiblement plus élevée qu’à Minami-Soma. Les gens y sont donc plus en danger. La seule chose positive par rapport à Minami-Soma, c’est qu’ici on est plus loin des 4 monstres éventrés et qu’en cas de nouvel accident, il plus facile de fuir.

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Aujourd’hui est un jour particulier. Les enfants de 3 ans, de 5 ans et de 7 ans se rendent avec leurs parents au temple shintoïste.

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J’en retrouve dans la ville. Leurs habits sont somptueux. Ils en héritent souvent de leur propre parents qui les ont portés avant eux. Leur silhouette contraste avec celle des enfants qui portent leur masques pour se protéger de la poussière.

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Je rencontre madame Sato. Avec Nakate-san dans un magasin de nourriture bio venant de l’ouest du pays. A son ouverture, le magasin avait contacté les médias, mais lorsque ceux-ci ce sont rendu compte que les légumes ne provenaient pas de Fukkushima, ils ont tous décliné l’invitation.  Madame Sato a été l’une des premières à avoir pris conscience du danger qu’encourraient les enfants. Elle s’était préparé à l’éventualité d’un accident nucléaire. A peine l’explosion du réacteur N°1 avait-elle eu lieu qu’elle a emmené ses 4 enfants en sécurité de l’autre côté des montagnes à Yamagata. Ensuite, elle a monté dès avril KODOMO FUKUSHIMA NETWORK avec Nakate-san. Leur but: informer les gens. Sur une vidéo YOUTUBE, je l’avais vu piquer une colère face aux autorités. Je lui demande pourquoi.

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« Je ne supporte pas que les autorités nous considère comme des enfants, incapables de comprendre. C’est un manque de respect. Il faut informer les gens qui dès lors peuvent décider de leur destin en tout état de cause. Certains parents refusent d’informer leurs enfants. Parfois parce qu’ils ne sont tout simplement pas au courant eux-mêmes, mais souvent parce qu’ils croient que les enfants ne peuvent comprendre. C’est une erreur. Les enfants comprennent. »

D’où vient la clairvoyance et la sagesse de cette femme au regard de chamane ? Elle me raconte que ses parents étaient tous les deux handicapés et qu’elle a dû se battre pour passer au-dessus de pas mal de discrimination. Je lui demande alors ce qu’elle répondrait à Sonoka qui craint justement d’être discriminée plus tard. Elle répond : « Ceci est une épreuve. Ce n’est pas amusant de subir cela. Mais Sonoka peut justement grandir à travers cela pour pouvoir un jour se battre à son tour contre la discrimination. Sa vie aura alors encore plus de sens qu’aujourd’hui. »

Je lui demande quelles sont les images qui l’ont marquées durant son combat. Elle sourit. Un jour, 4 enfants ont posé des questions aux responsables politiques et à ceux de TEPCO. Un enfant a demandé quand il pourrait reprendre une vie normale. Comme le « responsable » lui répondait qu’il ne savait pas. L’enfant lui a dit : « Tu as fait des études. Tu devrais savoir. Ou alors je ne comprends pas. Pourquoi as-tu développé l’atome si tu sais pas quoi faire quand il y a un accident. »

 

Je fais mes adieux à Isao, mon logeur, mon driver et mon nouvel ami. Je dis au revoir à Fukushima. Cœur lourd. Un rayon de soleil frappe la montagne derrière la gare. Je reviens bientôt.

 

Je retrouve la crêperie de David et Eko dans un Tokyo assez indifférent aux ombres de sa campagne contaminée et qui se déploie dans une lumière qui personnellement me fascine.

Vais rentrer bientôt à la maison. Les déplacés de Namie qui logent dans le camp à Fukushima ne pourront jamais revenir. Ils ne m'ont pas rappelé. Ils n'ont pas besoin de parler. Mais je vais réitérer ma proposition de les écouter et de créer un projet ensemble lorsque je reviendrai en mars. Envoyer du ki! Ne jamais laisser tomber les bras!

 

 

 

13 NOVEMBRE

Un dimanche à Tokyo…si chaud qu’on dirait pas novembre…

Le parc de Sinjuku. Des gens dessinent. Des enfants jouent à faire des bulles de savon. Il fait bon vivre. Je pensais que la ville allait se calmer un peu, mais le dimanche les gens se ruent dans les magasins et les métros sont tout aussi bondés qu’en semaine.

J’adore filmer l’insouciance. Sans doute car elle me rappelle ma propre enfance. Je filme ces regards innocents, ces jeux de toujours, les balles qui circulent sur la pelouse de l’un à l’autre. Je me dis que nous sommes tous des tokyoïtes. Pour nous tous, Fukushima est un problème réglé. TEPCO a d’ailleurs invité hier la presse nippone et la presse internationale à visiter le site afin de démontrer que tout est sous contrôle. Dans un sens, il sont fait un sacré boulot. Ils ont renforcé le réacteur N°4 qui menaçait de s’écrouler. Ils ont terminé un sarcophage de fortune autour du réacteur N°1. Ils ont nettoyé une partie des débris sur le site…c’est énorme. Mais de là à dire que tout est ok, y’a une marge. Le réacteur N°2 reste un mystère, le 3 est toujours éventré et le 4 risque de s'écrouler.

Mais en ce dimanche à Tokyo, il m’est difficile de penser à tout cela. J’ai même oublié les soucis de Sonoka ou de Kamijo-san. Aujourd’hui, le ciel est bleu et je ne pense qu’à filmer des bulles de savon. Cela dit, elles m’évoquent la radioactivité. Translucides, voyageant dans l’air discrètement, elles en sont une belle représentation. Car comme tout cinéaste face à la radioactivité, le challenge consiste à filmer l’invisible…

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J’ai rendez-vous avec la famille Yoshimura. Ils habitaient Ibaragi au sud de la centrale. Madame a déménagé avec ses deux enfants Loliko et Koyuko tandis que Monsieur est resté pour continuer à travailler. J’ai entendu cette histoire combien de fois ! La différence ici, c’est que Monsieur n’est pas d’accord avec madame. Pour lui, la situation n’exigeait pas ce déménagement. Mais il l’a accepté car il ne veut pas que sa femme s’inquiète pour les enfants. Quand ils sont arrivés au rendez-vous, ils portaient d’ailleurs tous un masque.

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Depuis l’accident, madame milite contre le nucléaire. Elle ne veut pas que cela se reproduise ailleurs. Je songe que j’ai entrepris tous mes travaux depuis 2006 dans le même but. En France actuellement, ça discute ferme. Faut-il ou non sortir du nucléaire. Si Hollande est élu, je crains qu’il ne s’accroche à cette vieille énergie. Le corps des Mines, cette secte ou cette franc maçonnerie a infiltré le PS comme elle l’a fait de l’UMP. Si la France et le Japon persiste dans ce choix mortifère, je ne vois pas de futur à mes enfants. Il suffit pour cela d’écouter tous les récits que j’ai entendu. L’atome nous donne une illusion de puissance. En fait nous ne le maîtrisons pas et lorsqu’il dérape, des vies dérapent aussi et des enfants sont soudain éloignés de leur père. Madame Yoshimura est la première personne que je vois au Japon avec le signe ANTI-NUCLEAIRE. Elle est révoltée de vivre ce qu’elle vit. Elle habite maintenant à 5H de son mari à Nara, près de Kioto. Elle ne veut pas envisager un instant que ces enfants puissent risquer quoique ce soit. Elle aimerait dire au monde qu’il faut cesser avec cette industrie mortifère.

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En fait, je réalise que l’atome est dangereux, pas uniquement parce qu’il tue, non seulement parce que nous ne le contrôlons pas, mais parce qu’il est le reflet de notre propension à refuser nos responsabilités. Quid des générations qui viennent ? Quid du sort des travailleurs invisibles en centrale nucléaire ?

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J’arrive au bout de mon voyage. Je ne peux clamer : « Evacuons TOUS les enfants du district de Fukushima ! », comme je le pensais avant de partir. Dire cela, correspond à une position idéologique. Si je faisais ça, je ressemblerais à TEPCO ou à tout ceux qui clament qu’il n’y a aucun problème.Ce discours ne tient pas la route face aux habitants de Minami-Soma qui rêvent de faire revivre leur ville. Il ne contribue qu'à augmenter la tension qui est déjà en eux...

Au bout de ce voyage, une chose est claire cependant. NOUS DEVONS PRENDRE NOS RESPONSABILITES. Au sens étymologique du terme, cela veut dire : répondre aux questions. Ici, il s’agit d’être capable de répondre aux enfants qui nous demanderons pourquoi nous avons agi sans tenir compte de leur futur !

 

Je songe aussi à la question de madame Kowata, la maman de Kento, qui se demandait : « Mais pourquoi donc cette catastrophe nous arrive-t-elle à nous ? ». La vie nous offre constamment la possibilité de comprendre qui nous sommes et de devenir ce que nous devons devenir. Le Japon était le pays du Shintoïsme, cette religion qui relie les êtres à leur environnement. Les Japonais (comme nous d’ailleurs), ont oublié d’écouter le vent, d’observer la terre, de respecter les rivières et l’Océan. Avec la radioactivité, les Japonais sont soudain obligés de s’intéresser à ces choses-là pour survivre. Le vent vient-il de la centrale ? apporte-t-il encore de al radioactivité ? La terre de mon jardin porte-elle en elle du Césium ou du Strontium ? Le poisson qui vient de l’Océan pourrait bien avoir dans son ventre du Plutonium venant des réacteurs…

Si le Japon ne comprend pas ça, la vie lui offrira encore d’autres possibilités de comprendre. Si la France ne comprend pas que son tourisme, ses paysages magnifiques, son terroir sont sa véritable richesse et sa véritable culture, l’atome l’aidera à comprendre…

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Nous sommes tous des tokyoïtes un dimanche…nous courrons après les bulles de savon. Nous sommes innocents. Nous ne voulons pas écouter le message de Fukushima. Mais ce n’est pas grave. C’est comme ça. Nous sommes comme ça. Nous sommes tous des enfants, même le parton de TEPCO, même Nicolas Sarkozy, je dirais même, surtout ces grands mômes assoiffés de pouvoir. Il ne tiens qu’à nous de leur parler et de leur raconter que la réalité n’est pas comme ils le pensent, monolithique. Elle est faite de nuance et c’est en cela qu’elle nous enrichit.

 

 

14 NOVEMBRE 2011

Pluie. Tokyo pleure.

Vu Mr Schweisgut, l'ambassadeur de l'Union Européenne. Sa femme, une japonaise, a prêté un appartement à une femme enceinte venant de Fukushima. J'apprécie le bonhomme et son café est délicieux.

Interview avec une journaliste Japonaise. pas envie d'en dire trop sur mon projet, mais ne peux m'empêcher de sortir mes grandes téhories. Ensuite images à Sinjuku, ce carrefour mythique de Tokyo où des milliers d egens se croisent dans la plus belle harmonie. Un groupe de filles de 16 ans sont la déguisées. Elles me fascinent. La vie est un grand théâtre. La vie n'est qu'un songe...

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Un homme se met à hurler dans un haut-parleur. Fumiyo me dit qu'il faut filmer: "Le Japon n'a plus que 10 réacteurs en fonctionnement. Ce printemps ces réacteurs seront à l'arrêt pour révision. Le Japon n'a pas besoin de ces machines. On s'en sort très bien sans. Nous, les vieux, nous avons créer cette situation. Nous sommes responsbaels de Fukushima, mais vous les jeunes, vous pouvez dire non à cette énergie. Envoyer des Twit et des messages sur FB. IL faut arrêter tout cela."

Les jeunes passent à toute allure à côté de lui. Personne ne l'écoute. Je demande à cet activiste si cela ne le désespère pas. Il me répond qu'il est tous les jours et que ça va finir par rentrer dans le crâne des gens.

Il pleut. Je vais partir et Tokyo pleure ou plutôt, Tokyo reflète mon propre état d'âme. Je suis bien dans ce grand village de 35 millions d'habitants et j'ai le blues à l'idée de partir.

Sur la route qui me mène de Susuka station à la crêperie de David et Eko où j'ai pris l'habitude de m'arrêter pour boire une bière des haut-parleurs diffusent: "Ce n'est qu'un au-revoir". Je crois rêver...

 

15 NOVEMBRE

L'avion décolle. Sayonara! Le coeur se sert. Me rends compte que j'étais bien ici, au Japon. Il y a tant à apprendre de ce peuple qui a appris à vivre en harmonie malgré une grande concentration d'êtres humains. Tokyo, mégapole trépidante est un endroit paisible et tranquille où règne calme et sécurité.

Lorsque je suis parti, j'avais un à priori: "Il faut évacuer les enfants de Fukushima et le gouvernement japonais ne fait pas ce qu'il faut pour ces enfants." 3 semaines plus tard, ce jugement s'est dissout au contact de la réalité du terrain. La situation est beaucoup plus complexe que les médias nous la présente. Le gouvernement japonais, s'il est loin d'être irréprochable dans ses choix, a fait beaucoup plus qu'aucun gouvernement européen n'aurait été capable d'entreprendre. Il a eu à gérer le tremblement de terre, l'irruption d'un volcan, un Tsunami et 4 réacteurs nucléaires en perdition. 8 mois après ce tournant de l'Histoire du Japon, il a nettoyé les plages, relogés des centaines de milliers de réfugiés dus au Tsunami et à la centrale. Ma seule crainte est qu'il ne prenne la mesure de l'accident dans le temps. Il faudra en effet encore 30 ans pour gérer les réacteurs. Comment financera-t-il les réfugiés qui ont perdus leur maison et ont soudain été déracinés? Comment gérer la décontamination d'un territoire gigantesque? Combien de temps encore, les enfants de Fukushima City et de Minami-Soma devront-ils jouer à l'intérieur? Ne risque-t-on pas de voir la situation se banaliser? Moi-même, au bout de quelques jours à peine, je començais à m'habituer à la radioactivité et à m'imaginer que finalement, elle n'était pas si importante que cela. Avec le recul, je me souviens qu'à Marianovka, un village d'Ukraine situé juste à la limite de la zone, il y avait 0,6 micorsiverts. Et pourtant, ce village considéré comme le plus contaminé d'Ukraine voyait 80% de ses enfants malades (Diabètes graves, allergies, cancers, problèmes cardiaques). Que dire dès lors des enfants de Minami-Soma ou de Fukushima city qui évoluent dans un environnment allant de 0,5 à 3 microsieverts? Je vais retourner en mars et en juillet. Je prendrai ainsi la mesure des événements dans le temps. Je retrouverai ces enfants et ces familles qui m'ont touchées. Je pense que la réalité est comme un champs. Je l'ai juste labouré. Il me reste encore à planter, à arroser et à récolter. La réalité n'arrive pas toute cuite dans notre bouche. Elle exige qu'on la travaille, qu'on la cultive avec amour et assiduité. Je me prépare donc pour les travaux de printemps. Vivement que je remette les mains dans la terre!

 

Ce voyage, je le dois en grande partie à Shintaro. Sans son aide, sans sa volonté d'agir pour son pays, rien de tout ceci n'existerait. Aligato Gozaimasu, Shintaro!

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Et puisse ton pays nous faire entrer dans un ère nouvelle où la solidarité prend le pas sur l'individualisme, où l'atome cesse de diviser, où l'argent et l'énergie redeviennent des moyens et non des buts en soi et où les adultes n'oublient plus qu'ils sont avant tout de vieux enfants... 

 

 

POUR REVENIR AU DEBUT DU CARNET DE VOYAGE CLIQUE CI-DESSOUS

CARNET DE VOYAGE/FUKUSHIMA

 

 

Toute publication d'un extrait de ce blog sans une demande formelle écrite fera l'objet de poursuites!

Le copyright appartient à Alain de Halleux

BXL, le 18 novembre 2011

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commentaires

(Clovis Simard,phD) 01/02/2012 13:05

Mon Blog(fermaton.over-blog.com),No-20, THÉORÈME ATOMIQUE.- FERMAT-WHILES-BOMBE ATOMIQUE ?

AL 10/12/2011 23:30

I am very touched by your message. And you are right, Vietnameese people must be responsable of all this. You are strong people! You can defeet all those crazzzzy unresponsable. I would like to
keep contact but i dont haev your mail.

Thuc-Quyên 10/12/2011 06:42

I am vietnamese and happen to meet your Carnet de Voyage while looking for arguments and ways to oppose the importation of nuclear plants in my coutry.
You mentioned it!But not only from Japan,the vietnamese government also buys from the Russians .VietNam without knowledge,infrastructure and skilled workers,is going probably to be a mere nuclear
waste storage for the other 2 countries.We Vietnamese are not victims of the Americans,
but of the very vietnamese communist party who is destroying
not only our children now but also the next generations.

AL 02/12/2011 23:30

Justement, les journalistes...les pauvres! Ils croient encore dans ce mythe désuet de l'OBJECTIVITE. Je suis cinéaste et je regarde le monde avec mes yeux. Je me construis ma propre imagination sur
le monde. Et chacun fait de même. Lorsque nous mettons ça en commun, lorsque nous échangeons sur le réel, nous nous approchons de la réalité. C'est ça la communication. AL

Gégé 02/12/2011 19:10

Bravo, infiniment bravo, c'est bien mieux que ce que nous ont rapporté les journalistes pressés ; du vrai journalisme, dans sa grande dimension, simple et beau....Merci!